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17.05.23

Arles : où la culture respire et inspire

       Ancienne capitale de la Rome antique et plus grande commune de France, la ville d’Arles rayonne par son importante offre culturelle. Mêlant influences locales et venues d’ailleurs, ce territoire est un véritable carrefour de cultures mû par un pouvoir d’inspiration et une volonté de partage. Allons à la rencontre de cette ville du Sud qui met à l’honneur les Arts tout au long de l’année.

Aurélie de Lanlay

Directrice adjointe des Rencontres de la photographie d’Arles
« Ce festival se doit de venir questionner et donner à voir la photographie dans la multiplicité de ses approches »

Françoise Nyssen

Ancienne ministre et membre du directoire d’Actes Sud
« Nous considérons qu’une entreprise, même si elle se tourne vers l’international, se doit d’être citoyenne dans sa cité »

Stéphane Krasniewski

Directeur du festival Les Suds
« Si la Méditerranée est la porte d’entrée de ce festival, il a tout de suite été ouvert sur d’autres espaces »

Interview#1

Arles et la photographie, à la rencontre de nouveaux défis

Rendez-vous incontournable du monde de la photographie, les Rencontres d’Arles ont attiré l’an passé 127 000 visiteurs venus de France et de l’international. Entretien avec Aurélie de Lanlay, directrice adjointe des Rencontres qui revient sur l’envers du décor de l’évènement et la thématique de cette saison, « État de conscience de notre monde ».

Pouvez-vous nous présenter votre parcours ? Quel lien personnel entretenez-vous avec la ville d’Arles ?

Je suis titulaire d’une formation en histoire de l’art à l’École du Louvre et d’un DESS obtenu à Paris-Dauphine en gestion des entreprises culturelles. Mon parcours mêle l’approche managériale à l’histoire de l’art. J’ai ensuite travaillé dans la production d’expositions pour différentes institutions comme le musée du Louvre, le musée du Quai Branly ou les Arts décoratifs ainsi qu’à l’étranger, au Sénégal.

En ce qui concerne Arles, j’ai tout d’abord visité les Rencontres dès le début des années 2000, un moment charnière dans l’histoire du festival, où j’ai développé un fort attachement à la ville et au festival. C’est ensuite en 2012 que j’ai été nommée administratrice générale des Rencontres puis directrice adjointe en 2019.

Arles est à la fois une ville accueillante, riche d’un patrimoine historique passionnant et magnifique, une ville à la forte personnalité, où se croisent une multitude d’approches artistiques (photographie, littérature, art contemporain, flamenco, musique du monde, cirque, art décoratif).

Comment naissent les Rencontres de la photographie d’Arles ? 

Les Rencontres d’Arles sont le fruit d’une aventure initiée en 1970 par trois hommes : Lucien Clergue, Jean-Maurice Rouquette et Michel Tournier. Leur ambition était de permettre au public une rencontre avec la photographie. Une manière de développer un véritable lien avec les œuvres tout en entrant en résonnance avec le patrimoine de la ville. Certains lieux habituellement fermés le reste de l’année sont par exemple ouverts au public.

Les notions de rencontre et de transmission étaient centrales pour les fondateurs et le sont encore aujourd’hui. Elles nous invitent à échanger et à mettre en relation tous les acteurs de l’écosystème de la photographie, notamment au cours de la semaine d’ouverture des Rencontres d’Arles où nous accueillons près de 20 000 festivaliers professionnels de l’image ou amateurs.

© Alessandro Mosalini

Quel type de public le festival attire-t-il ?

Le public est surtout français avec un tiers venu de la région, un tiers de Paris et un tiers du reste de la France, soit une fréquentation assez équilibrée.

La manifestation s’étire sur trois temps, avec une semaine d’ouverture s’adressant aux professionnels, puis attire le grand public tout l’été, en famille ou entre amis. Enfin en septembre, nous accueillons davantage de scolaires de la région.

« La photographie est une manière de décrypter le monde, de le voir tel qu’il est et de le penser tel qu’il devrait être. »

La programmation d’un festival est toujours un équilibre délicat, comment concevez-vous l’exercice ?

Ce festival se doit de venir questionner et donner à voir la photographie dans la multiplicité de ses approches. Outre l’attachement à revisiter des projets historiques, nous cherchons à soutenir et à faire découvrir des artistes de la scène émergente, et donner à voir leurs différentes approches, qu’elles soient plastiques, documentaires, intimes, et quel que soit les supports utilisés (tirages, matériaux, vidéos, etc).

Concernant notre rapport au territoire, nous avons cette année choisie qu’un certain nombre d’expositions cartographierait cet espace. A titre d’exemple, l’exposition Ici près adopte une dimension d’enquête où les projets artistiques explorent le thème des enjeux entre l’homme et son environnement.

Le festival est un véritable laboratoire où nous laissons carte blanche aux artistes. Avec plus de 40 expositions, cela rend possible des pas de côté, dans les diverses approches et les techniques. C’est donc autant un espace de recherche pour les photographes que pour les commissaires d’exposition. Je suis convaincue que la photographie est une manière de décrypter le monde, de le voir tel qu’il est et de le penser tel qu’il devrait être. La thématique « État de conscience de notre monde » répond ainsi à ce besoin de réflexion sur les enjeux de notre époque.

© Alessando Mosalini

« Nous proposons des lieux originaux, car c’est de la contrainte que naît la créativité. »

Quels critères comptent lors du choix de vos lieux d’exposition ?

Les cryptoportiques, par exemple, sont des anciens entrepôts utilisés par les marchands de la place du forum à l’époque romaine et seront pour la première fois habités par le festival. Ce lieu bénéficie d’une dimension immersive et sensorielle mais représente aussi un réel défi technique pour les artistes. Juliette Agnel présentera son projet La main de l’enfant, des photographies interrogeant la dimension spirituelle et éternelle des grottes préhistoriques d’Arcy-sur-Cure où des peintures ornent les parois. Nous proposons des lieux originaux, des chapelles, des églises, des anciens palais où lieux industriels, qui racontent l’histoire de la ville, et qui font de la découverte du festival une expérience à part entière. De la contrainte que peut imposer chaque lieu, nait la créativité.

Nous réfléchissons en parallèle au bouleversement climatique et à son impact sur les évènements culturels. Cela questionne la manière de présenter les œuvres dans des lieux où la chaleur en été devient un questionnement. Certaines pistes seront d’ailleurs expérimentées cet été au Ground Control. Des anciens locaux industriels de la SNCF situés près de la gare d’Arles accueilleront des installations modulables er permettront de miser sur des ventilations naturelles.

Quels sont les autres engagements que vous avez pris pour faire des rencontres une manifestation la plus durable possible ?

Le festival est depuis plus de 20 ans inscrit dans un système d’économie circulaire et de réemploi. La scénographie est spécifiquement dessinée et adaptée chaque année pour les projets, mais les murs permettant de la fabriquer sont construits à partir d’un système de caissons identiques et alignés qui peuvent être réutilisés d’année en année de manière modulable. Nous stockons ainsi plus de 3000 mètres linéaires de mur d’exposition chaque hiver.

Nous travaillons également autour de la production des œuvres, les matériaux utilisés, l’impact de l’impression, la mutualisation des transports des œuvres. Par ailleurs, nous nous intéressons aussi à la mobilité des publics et des artistes.

Les normes préventives de conservation des œuvres demandent à être questionnées : quelle serait la température idéale dans ce contexte de réchauffement ? Toutes les œuvres doivent-elles être soumises aux mêmes normes, y-a-t-il des adaptations possibles ? Le festival est un laboratoire pour les artistes, il doit aussi être un espace d’expérimentation sur ces sujets.

Lieu d’expression et de réflexion collective, les Rencontres d’Arles témoignent de cet état de conscience du changement de notre monde et de notre territoire et nous invite donc continuellement en tant qu’institution à développer de nouvelles solutions pour y faire face.

Interview#2

Françoise Nyssen, quand Arles se livre

Françoise Nyssen a cofondé en 1983 les Éditions Actes Sud à Arles. Elle a également siégé au conseil de surveillance de la maison d’édition jusqu’en 2017, date à laquelle elle est devenue ministre de la Culture sous la présidence d’Emmanuel Macron. Elle revient avec nous sur le sens de son ancrage local.

Pourriez-vous revenir sur l’origine de l’implantation des éditions Actes Sud à Arles ?

Historiquement, la maison d’édition est née dans les Alpilles, au sein d’un village appelé le Paradou. Mon père Hubert Nyssen et Christine Bœuf, sa femme, ont décidé de créer cette maison d’édition à la fin des années 70, tout simplement là où ils habitaient, alors même que le lieu était éloigné de Paris. À cette époque, ni TGV, ni internet, mais plutôt le télex et le minitel… c’était audacieux !

Je l’ai rejoint tout de suite, en 1979. Et en 1982, nous avons fait la connaissance d’un arlésien, Jean-Paul Capitani, qui cherchait à aménager un lieu dans la ville, le Méjan. Il est devenu mon mari et nous avons créé ensemble la librairie en 1983. Les éditions ont alors déménagé à Arles. Le Méjan est un quartier d’Arles au positionnement exceptionnel, en face de Trinquetaille, au cœur du centre ancien, et où de nombreuses rues descendent vers le Rhône.

Qu’est ce qui explique ensuite le succès de la maison d’édition ? 

Notre implantation était locale, mais nous avons très vite publié des auteurs étrangers. Ce qui nous distingue, c’est la curiosité, l’intérêt pour la littérature du monde, publier au-delà des frontières. Nous étions éloignés des réseaux littéraires parisiens, mais avons été repérés grâce à la publication de littérature scandinave.

Par ailleurs, ce qui nous lie, c’est une exigence, une ligne éditoriale singulière, comme nos formats, la volonté de renouveler la façon d’appréhender le livre ou la relation aux libraires. La suite est ponctuée de rencontres qui ont façonné nos projets, nous avons toujours avancé un pied devant l’autre, en réinvestissant chaque centime gagné dans de nouveaux livres.

"Ce qui nous lie, c’est une exigence, une ligne éditoriale singulière, comme nos formats, la volonté de renouveler la façon d’appréhender le livre ou la relation aux libraires".

Aujourd’hui les éditions Actes Sud proposent une très grande typologie d’ouvrages. Comment s’est opérée cette diversification ?

Au départ, nous ne souhaitions pas segmenter nos ouvrages mais nous avons évolué au gré de nos rencontres. Mon mari Jean-Paul Capitani a un grand intérêt pour l’agroécologie, et nous avons par exemple créé une collection sur les arbres et publié des agronomes reconnus. Nous avons développé la section jeunesse plus tard, en 1986. La jeune maison d’édition Papiers nous a quant à elle guidés vers le théâtre.

Alors que les éditions Sinbad risquaient le démantèlement, nous nous sommes positionnés pour le rachat, et cela a permis une ouverture sur la Méditerranée, toujours dans l’idée de donner de la voix aux auteurs d’autres pays, en étant à l’écoute du monde. Depuis, beaucoup de petites structures éditoriales sont venues chercher notre appui. C’est ainsi que nous avons construit une sorte d’archipel.

Par la suite nous nous sommes développés grâce à l’ouverture de plusieurs librairies, à Marseille, ou à Paris, où nous avons aussi un siège. Cette constellation fait aujourd’hui travailler en commun environ 300 personnes dont 120 à Arles.

Comment votre maison d’édition participe – t – elle à la vie locale ?

Nous sommes résolument ancrés à Arles car nous considérons qu’une entreprise, même si elle se tourne vers l’international, se doit d’être citoyenne dans sa cité, et de prendre part aux défis et urgences d’aujourd’hui.

Nous avons créé il y a quatre ans le festival et espace de réflexion « Agir pour le vivant », au croisement d’une multiplicité de disciplines, comme l’économie, le droit, l’agroécologie, les questions de citoyenneté, avec le soutien de partenaires comme l’Agence française de développement (AFD). Nous invitons beaucoup d’auteurs et penseurs, le public prend aujourd’hui conscience des défis qui sont devant nous, et exprime un vrai besoin de débattre.

Nous avons fondé en 2015 l’école expérimentale du Domaine du possible, afin de proposer une alternative aux enfants qui ne se retrouvent pas dans le système éducatif classique. Mon mari Jean-Paul Capitani a par ailleurs créé une école d’agroécologie, mais aussi un espace dédié à la Culture, Croisière, où se côtoient cinéma, musique et photographie. Nous travaillons aussi avec les Rencontres de la photographie. Nous éditons par exemple le catalogue chaque année et avons réalisé des expositions en lien avec nos ouvrages.

Arles accueille aussi les rencontres internationales et le collège de la traduction, des idées que mon père avait défendues très tôt.

Quels sont les enjeux contemporains du secteur de l’édition selon vous ?

Nous voyons des changements dans les habitudes de consommation, avec des secteurs en forte croissance comme le manga ou la bande dessinée.

Parmi nos enjeux conjoncturels, les éditeurs font face aujourd’hui à une forte hausse du prix du papier, qui impacte également la presse écrite. Nous sommes obligés de rehausser le prix des livres. Cela peut surprendre, mais il faut rappeler que ce prix est stable depuis trente ans, et que le livre reste le bien culturel le plus accessible, alors même que le secteur est faiblement subventionné par les pouvoirs publics.

C’est aussi un secteur qui repose sur l’obtention de récompenses littéraires. Il faut être conscient que le best-seller permet de financer un grand nombre d’autres livres et auteurs pour chaque maison d’édition. Aujourd’hui les maisons ont fait flores ; cela suppose de se concentrer sur un nombre restreint de titres et de mieux défendre chacun.

Les enjeux de diffusion sont aussi importants, il faut concevoir la diffusion à travers le numérique, intégrer l’émergence du livre audio et du podcast.

En parallèle, l’édition est sujette à la concentration, avec la constitution de grands groupes qui détiennent des maisons d’éditions, de la presse, qui pourraient menacer la pluralité des expressions. Nous saluons le travail de la Commission européenne qui surveille actuellement ces phénomènes de rachat et de concentration qui nous inquiètent.

Quelles sont vos perspectives personnelles et celles de la Maison Actes Sud ?

C’est une question pour la prochaine génération ! Mon mari et moi avons transmis les rênes de l’entreprise à nos filles cette année, et veillons à conserver l’ADN familial d’Actes Sud.

Plus personnellement, mon combat a toujours été celui de la protection de l’environnement, à mon échelle et selon mes canaux. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai été surprise lorsque le Président de la République m’a proposé de rejoindre le gouvernement, car je ne suis pas politique. Mais nous avons fait avancer un certain nombre de sujets, comme le pass culture, le plan bibliothèque, la régulation européenne du droit voisin ou encore un grand plan « la culture près de chez vous ».

Aujourd’hui, je me suis vu confier la présidence du festival d’Avignon, des arts de la rue d’Aurillac et la vice-présidence des alliances françaises. Cela fait de nombreux projets, mais j’aime aussi trouver des passerelles et faire vibrer entre eux des échos.

Cet entretien a été réalisé le 8 mars 2023, avant la disparition de Monsieur Jean-Paul Capitani, qui a œuvré aux côtés de Madame Françoise Nyssen aux nombreux projets des éditions Actes Sud à Arles, comme explicité dans l’article.

 

Interview#3

Les Suds : un festival arlésien ouvert sur la Méditerranée… et le monde

Depuis 27 ans, le Festival Les Suds investit le centre historique de la ville d’Arles pour 7 jours de fête et de rencontres : chaque été, près de 45 000 spectateurs s’y rendent pour découvrir des musiques du monde.
Directeur du festival depuis janvier 2019, Stéphane Krasniewski a rejoint l’équipe des Suds en 2004 en tant qu’administrateur puis co-programmateur. Rencontre avec celui qui s’investit dans cet événement depuis plus de 19 années.

Pouvez-vous nous raconter la genèse du festival Les Suds ?

Le festival Les Suds est une association de loi 1901 et a été fondé par Marie-José Justamond en 1996, à Arles. En tant que professionnelle de la culture, elle a longtemps œuvré en tant que Responsable de la communication des Rencontres d’Arles. Elle est aussi extrêmement impliquée dans la vie locale, et notamment dans la culture taurine de la ville.

De par sa culture particulièrement liée à la tauromachie, Marie-José Justamond a un lien fort avec le flamenco et la culture andalouse. C’est un ADN que l’on retrouve encore aujourd’hui dans le festival, à savoir une ouverture sur les cultures de la Méditerranée et les musiques du monde, mais avec une attention particulière portée aux cultures andalouses et du Sud de la France.

J’aime à rappeler l’existence de ce mélange, car Les Suds c’est, d’un côté, une volonté de s’ouvrir sur le monde et d’un autre côté, un événement populaire tourné sur la ville et très inclusif. Il est à noter également que ce festival est né, entre autres, de la rencontre entre Marie-José Justamond et le maire d’Arles, Michel Vauzelle à l’époque, qui était convaincu que cette ville avait un rôle à jouer dans le monde culturel de l’espace méditerranéen.

Mais Les Suds dépasse ce territoire : si la Méditerranée est la porte d’entrée de ce festival, il a tout de suite été ouvert sur d’autres espaces. Très tôt, nous avons eu des artistes venus d’Amérique latine, d’Afrique etc. Cette année, nous accueillerons le groupe malien de musique touareg Tinariwen, mais aussi des artistes indiens, sud-américains, etc. Nous portons une vision très large de la Méditerranée. Dès le début, l’enjeu a été de montrer la culture de l’autre et de la faire entendre en la replaçant dans un contexte plus large, qui permette aux spectateurs de comprendre ces créations venues d’ailleurs.

© Florent Gardin

"Dès le début, l’enjeu a été de montrer la culture de l'autre et de la faire entendre en la replaçant dans un contexte plus large"

Arles semble effectivement être une ville ouverte sur le monde. Comment expliquez-vous cette tendance ?

Arles est une ville romaine, médiévale, industrielle. C’est un carrefour. Nous sommes à la pointe du Rhône et cette ville était un passage obligé pour relier l’Espagne à l’Italie. De fait, c’est une ville qui a été traversée par de nombreux courants migratoires. Par exemple, l’un des quartiers les plus emblématiques de la ville, c’est celui de La Roquette, qui a historiquement accueilli des populations gitanes et africaines. Tout ce passé inspire des initiatives : la position de “carrefour” fait partie de l’ADN d’Arles.

Les Suds se tient dans des lieux emblématiques et historiques de la ville. Y a-t-il une volonté d’investir le patrimoine arlésien, et même au-delà ?

Oui. L’idée de la programmation de ce festival est de pouvoir mettre les artistes sur les bonnes scènes et au bon moment. Les Suds permet cela, car il a pour spécificité d’être long pour un festival avec sept jours de musique !

L’autre spécificité, c’est que nous disposons d’une dizaine de scènes réparties dans toute la ville, ce qui nous permet d’avoir des jauges variables : la plus petite est à 350 personnes, et la plus grande à 2500. On peut donc choisir les scènes en fonction de la maturité du projet… ou du degré d’intimité souhaité.

Nous investissons également le patrimoine industriel d’Arles. Pendant une douzaine d’années, nous avons eu la chance de pouvoir investir les ateliers SNCF, pour une scène de nuit. Enfin, chaque année, nous investissons le patrimoine naturel : nous allons ainsi en Camargue, où a lieu le concert de clôture.

Arles offre ce panel de lieux magnifiques et magiques, qui en fait un terrain de jeu infini.

© Stéphane Barbier

Qui sont les partenaires du festival ? Dialoguez-vous avec beaucoup d’instances culturelles ?

Arles est une très petite ville. Nécessairement, nous sommes amenés à côtoyer de nombreux acteurs du monde culturel local. Par exemple, nous collaborons avec le Collège International des Traducteurs Littéraires dans le cadre de rencontres professionnelles, pour la mise à disposition d’espaces ou l’élaboration de contenu.

Nous sommes aussi très souvent en contact avec Actes Sud : nous avons collaboré sur une édition de Jazz in Arles, qui a lieu au Méjan. Nous travaillons aussi régulièrement avec Les Rencontres d’Arles pour nous coordonner sur “l’emprise” que l’on a sur la ville : en effet, il y a forcément des points de connexion puisque nous utilisons les mêmes lieux. Enfin, nous travaillons aussi beaucoup avec les musées départementaux, par exemple le musée départemental de l’Arles Antique, le musée Arlaten… que ce soit pendant le festival d’été ou des événements plus ponctuels, comme la Nuit des musées. L’envie de collaborer est toujours là !

Par ailleurs, la Mairie est un partenaire indispensable pour une manifestation comme la nôtre autant en prise avec la ville. Comme en échange, pendant la semaine du festival, nous organisons une quarantaine de stages et de masterclass de danse, de chant, de yoga, de pratique instrumentale, ouverts à tous qui animent la ville.

Il y a par ailleurs une réelle multiplicité et une complémentarité des acteurs localement. Arles est très grande par sa taille, mais pas par sa population. Face à ces constats, son rayonnement est incroyable, et cela s’explique par la vitalité de ses acteurs et par la richesse de l’offre culturelle. Une richesse rendue possible par cet esprit de coopération entre les acteurs et par cette volonté qu’il y a de “faire ensemble”.

Avez-vous entamé une démarche d’adaptation face aux changements climatiques qui arrivent ?

Bien sûr. Nous sommes engagés depuis une quinzaine d’années dans une démarche RSE, grâce à – entre autres – une action de réduction des déchets et de rationalisation des déplacements. Cette année, nous allons faire partie du projet “Déclic”, porté par la FEDELIMA (Fédération des lieux des musiques actuelles) et le SMA (Syndicat des musiques actuelles). Cette action vise à définir une stratégie globale pour décarboner les festivals, les tournées et les concerts, l’idée étant de mutualiser nos bilans carbone avec ceux d’autres structures.

Sur l’organisation en tant que telle, il est évident que de vraies questions vont se poser. Il nous faudra trouver des solutions pour ombrager les lieux si nous souhaitons continuer à organiser des événements en journée… Et peut-être même inventer de nouveaux concepts : par exemple, l’organisation de petits-déjeuners en lien avec le concert qui suivrait. Un petit-déjeuner italien pour un concert italien, un petit-déjeuner marocain pour un concert gnawa par exemple.

Pouvez-vous nous donner un aperçu de la programmation 2023 ?

Programmer, c’est toujours respecter des grands équilibres. Les Suds tente toujours d’être à la croisée du patrimoine et de la création d’exclusivités. Cette année, nous accueillerons des artistes porteurs d’un patrimoine : c’est le cas de Tinariwen ou Wasifuddin Dagar. Il va également y avoir des créations et des rencontres entre Ballaké Sissoko, Vincent Ségal, Vincent Peirani et Emile Parisien ; un contrebassiste de jazz, Avishai Cohen, qui invite à une sorte de big band cubain ; une exclusivité avec le trio SR9 ; une grande chanteuse espagnole, Silvia Perez Cruz, ou encore les Nana Benz du Togo…

De manière générale, nous faisons attention à notre originalité, ne pas subir l’uniformisation des affiches, tout en ayant des personnalités malgré l’inflation des cachets, dûe aux moyens conséquents de nouveaux acteurs qui peuvent entrer en rivalité avec les festivals historiques. Ainsi, cette année, nous avons réellement souhaité nous distinguer en nous recentrant sur notre cœur de métier et de cible.

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