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10.07.23

Revol, du four à la table, et de la table au monde !

       Riche de son savoir-faire historique, la Maison Revol rayonne au-delà de nos frontières, exportant avec elle l’art de vivre à la française. Rencontre avec Olivier Passot, son président, neuvième génération de dirigeants de cette entreprise familiale qui nous dévoile l’ensemble des transformations menées par la Maison pour rester la référence de fabrique de porcelaine de haute facture. Made in France.

Quelle est l’histoire de la Maison Revol et de votre savoir-faire ?

Forte de 255 ans d’histoire, la Maison Revol est née de la rencontre entre Pierre Revol et Madeleine Carrier, deux potiers installés dans un village de la Drôme, une terre de céramique. Cette histoire, nous l’avons retracée précisément en créant un service patrimoine dédié à la recherche et à la reconstitution de l’histoire de Revol. J’ai ainsi redécouvert mon histoire familiale, puisque nous avons pu dater scientifiquement la création de l’entreprise et nous rendre compte qu’elle est plus ancienne que nous le pensions : 1768 au lieu de 1789, date que l’on m’avait donnée lorsque j’étais enfant. Cette démarche patrimoniale intègre également un fonds de plus de 25 000 pièces anciennes qui sont en train d’être inventoriées, photographiées puis protégées. Nous conservons aussi des arts graphiques qui représentent quasiment 4 kilomètres d’archives : des arts graphiques, des registres et documents que nous devons protéger pour qu’ils durent dans le temps. Notre démarche n’est pas empreinte de nostalgie mais témoigne de notre volonté de nous inspirer de l’histoire de Revol. L’avenir vient de loin. Nous puisons inlassablement dans nos origines l’énergie de notre renouveau.

Vous faites partie du patrimoine français et êtes un porte-drapeau de cet art de vivre à la française qui traverse les siècles. Quel regard portez-vous sur cette transmission ?

Le premier atelier Revol était installé à Ponsas. Jean-Marie Revol, le fils des fondateurs, déménagera ensuite à Saint-Uze, le site actuel, et construit l’entreprise dans ses dépendances de la maison de ses beaux-parents. La Maison Revol n’a dès lors cessé de croître en ces lieux. Ici travaillent pas moins de 300 artisans et ce sont plus de 3 millions de pièces de porcelaine culinaire, c’est-à-dire qui vont du four à la table, qui sortent chaque année des ateliers drômois.

75% de notre chiffre d’affaires est réalisé à l’étranger, dans 88 pays. Nous sommes un acteur reconnu des arts de la table à destination des professionnels du monde entier. Une part de notre métier consiste par exemple à suivre les ouvertures d’hôtel 4 et 5 étoiles afin de leur proposer nos produits d’art de la table.

Au-delà de la vente, nos voyages permettent de faire rayonner cet art de vivre unique et extrêmement apprécié des étrangers. L’aura des grands chefs français, le soin apporté à la gastronomie sont les éléments constitutifs d’une identité très forte dont bénéficie Revol. Nous sommes ainsi, à notre modeste place, un des ambassadeurs de l’art de vivre à la française.

Quelles transformations avez-vous mené depuis votre arrivée afin de développer le marché de Revol ? Quels axes vous ont semblé prioritaires ?

J’ai rejoint Revol en 1999 pour m’occuper du marché américain. Dès 2001, l’entreprise a été confrontée à un véritable défi : la Chine venait d’entrer dans l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Toutes les barrières douanières qui empêchaient l’importation de produits chinois en Europe ont tout à coup disparu. Nous nous sommes même demandé si nous pouvions survivre. Très vite cependant, l’innovation est apparue comme la réponse et est même devenue le point central de notre nouvelle stratégie pour maintenir des emplois à Saint-Uze et perpétuer notre savoir-faire. Cela a également marqué un vrai tournant dans l’histoire de Revol : nous avons retravaillé notre image de marque, en mettant notamment en avant notre singularité, le “made in France”, gage de qualité, et créer ainsi ce sentiment d’attachement à la marque, la préférence Revol. Avant, nous ne marquions pas l’origine des produits de cette manière car il y avait peu de concurrence.

Sur combien de temps avez-vous mené ces transformations ?

Je dirais que ces chantiers n’ont pas vraiment de fin : Revol évolue en permanence sur son savoir-faire et ses outils de production. Nous réfléchissons sans cesse aux matériaux, aux textures, à la durabilité pour créer les produits les plus qualitatifs possibles. Nous avons ainsi énormément investi en R&D et continuons à le faire en y consacrant environ 5% de notre chiffre d’affaires. Nous avons aussi embauché un designer et créé un lieu physique nommé « Le Lab ». C’est un lieu où l’on phosphore, où nous laissons décanter nos idées et nos envies d’innovation. C’est une étape très importante où nous associons nos savoir-faire centenaires à notre capacité à nous protéger des copies.

Ce service d’innovation nous a ainsi permis de devenir le premier fabricant au monde à avoir lancé une gamme d’art de la table entièrement produite à partir d’effluents de production provenant de la station de traitement des eaux. Cela donne une collection entièrement recyclée qui s’appelle « NO.W » pour « No Waste ». Une révolution qui nous est si importante que nous l’avons brevetée.
Nous montons également des collaborations avec des designers de plus en plus connus. Nous lancerons une nouvelle gamme de produits en septembre à destination de la cuisine et de la table. Cette collection, imaginée par la designeuse française Inga Sempé. Nous nous inscrivons ainsi dans l’air du temps et démontrons notre capacité à intégrer les problématiques de notre siècle.

Justement, quelle est votre stratégie en matière de RSE ? Sensibilisez-vous vos clients et collaborateurs aux défis environnementaux ?

Revol est une entreprise très engagée en matière de RSE. Nous sommes conscients que la nature rend possible nos processus de fabrication et donc notre métier. Nous conjuguons les trois éléments que sont la terre, l’eau et le feu : nous prélevons de l’eau et utilisons beaucoup d’énergie, l’aspect climatique entre alors en jeu. Pour ces mêmes raisons, nous nous devons de respecter encore plus soigneusement ces terres nourricières. Nous avons ainsi énormément investi sur ce point dans l’isolation de nos fours pour réduire notre consommation de gaz, et dans une station de traitement des eaux pour mieux recycler l’eau.

Nous n’avons toutefois pas attendu l’avènement de la RSE pour nous intéresser à ces sujets. Cette attention est présente depuis plus d’une vingtaine d’années. Notre démarche nous a aujourd’hui permis d’être certifiés Ecovadis argent. Nous avons également embauché récemment une technicienne RSE et Revol travaille désormais à l’obtention de la certification ISO Qualité Sécurité et Environnement (QSE).

À titre personnel, je me suis engagé dans la Convention des Entreprises pour le Climat (CEC) afin de concevoir un modèle régénératif qui diminue l’empreinte carbone de l’entreprise. Si l’export est au cœur de nos activités, Revol tend à terme à se tourner vers des marchés plus vertueux comme les marchés français et européen. Je tiens ainsi à adopter un modèle économique qui s’adapte aux contraintes environnementales.

Comment avez-vous surmonté l’inflation énergétique et la crise sanitaire ?

Ce sujet de l’inflation énergétique nous a énormément impactés, et ce n’est pas fini. Les coûts augmentent et vont encore connaître une nette progression l’année prochaine. Pour y faire face, nous misons sur la récupération de la chaleur.

Avec 75% de notre production exportée, la crise sanitaire a été quant à elle un autre soubresaut car les activités de l’hôtellerie et de la restauration ont dû s’arrêter. Nous avons perdu des effectifs à ce moment-là. Heureusement, certains pays ont pu redémarrer leur économie avant nous, c’est ce qui nous a permis de maintenir notre entreprise en mouvement. Si la reprise a aussi été compliquée, car il a fallu recruter, former et accompagner un nouveau personnel, je trouve que le covid a marqué un tournant intéressant dans la prise de conscience de nos concitoyens de consommer plus « made in France » et la réindustrialisation devient d’ailleurs un enjeu sociétal.

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