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07.12.22

Saïd Hammouche – Faire du recrutement inclusif une norme  avec Mozaïk RH 

       Fondateur du cabinet de recrutement Mozaïk RH, Saïd Hammouche a fait de l’égalité des chances son leitmotiv. Pour faire bouger les lignes et évoluer les mentalités sur le recrutement, il a créé la Fondation Mozaïk, un outil de plaidoyer et de transformation systémique pour promouvoir la diversité en entreprise. À l’occasion de la 2ème édition du Sommet de l’inclusion économique organisée le 29 novembre dernier par sa fondation à Bercy, la rédaction d’À priori(s) a rencontré cet entrepreneur aguerri, porte-parole d’une jeunesse des quartiers ambitieuse, rarement entendue.

Changer le regard des recruteurs sur la banlieue

Dans les quartiers dits “prioritaires”, le taux de chômage est près de trois fois plus élevé que sur le reste du territoire. Un problème social qui touche surtout les jeunes de moins de 30 ans et qui sera le point de départ de l’engagement de Saïd Hammouche. Cet entrepreneur de 50 ans a grandi à Bondy, en Seine-Saint-Denis, où il réside toujours. Lorsqu’il lance Mozaïk RH, l’image de la banlieue souffre de poncifs négatifs : “La société était encore très alimentée par un discours lié à la violence et à la délinquance, alors qu’en réalité la banlieue est un territoire rempli de gens qui ont envie de réussir, de se construire un avenir par le fruit du travail”, affirme-t-il. Pour bon nombre de jeunes, l’accès à l’emploi reste un parcours semé d’embûches. Saïd Hammouche en est convaincu, permettre la réussite économique par le travail et l’accès à l’entrepreneuriat est un des leviers de la réduction des inégalités. Et pour cela, il faut changer le regard du monde économique sur les profils issus de la banlieue.

C’est alors qu’il est encore fonctionnaire au ministère de l’Éducation Nationale et de la Jeunesse qu’il entame cette mission. Mozaïk RH, premier cabinet de recrutement à but non lucratif, voit le jour en 2007 sous la forme d’une association. Saïd Hammouche commence à sensibiliser les entreprises et à placer des premiers talents. Rapidement, la médiation fonctionne, les demandes affluent sous l’effet des échos favorables. Face à ce succès, Saïd Hammouche finit par quitter son travail pour se consacrer à plein temps à son nouveau métier de recruteur et accélérer le développement du cabinet, à Paris et en régions.

« La banlieue est un territoire rempli de gens qui ont envie de réussir, de se construire un avenir par le fruit du travail ».  

Révolutionner les pratiques de recrutement

L’approche de Mozaïk RH repose sur une conviction forte : “Il faut considérer un individu en fonction de ses compétences et de son comportement plus que de l’école qu’il a fréquentée ou du réseau dont il dispose”. Or, en France, les entreprises recrutent sur la base des CV – un outil qui alimente les discriminations en mettant en exergue – outre les diplômes – le lieu d’habitation, le genre ou encore le patronyme.

La plateforme digitale Mozaïk Talents inverse la tendance en proposant aux candidats de passer des tests de personnalité. “En ayant un focus sur le CV, on fragilise les ressources économiques, comme si la seule grille d’analyse, c’était les cursus académiques, les grandes écoles…alors qu’en réalité, des expériences personnelles extraordinaires peuvent développer des qualités intellectuelles, humaines, cognitives, comportementales… recherchées dans l’entreprise. Surtout dans une économie de transition”, ajoute l’entrepreneur.

Faire de l’inclusion une évidence pour les entreprises

Pour massifier les recrutements à l’échelle du territoire et obtenir des résultats concrets, Saïd Hammouche comprend qu’il faut embarquer les entreprises en faisant de la sensibilisation à la lutte contre les discriminations, la clef pour “mieux connecter les deux mondes”. Parallèlement au cabinet de recrutement, la Fondation Mozaïk voit ainsi le jour, pour développer le plaidoyer de Mozaïk, convaincre les décideurs économiques et politiques, interpeller les médias et contribuer au changement des mentalités.

Un combat de longue haleine qui porte ses fruits, une quinzaine d’années plus tard. Pas moins de quatre ministres et un haut-commissaire à l’emploi étaient présents le 29 novembre dernier au Sommet de l’inclusion économique, devenu le rendez-vous incontournable de la lutte contre les discriminations à l’emploi. Si Saïd Hammouche confie avoir passé de longues années à “prêcher dans le vide”, aujourd’hui, près de 70 grandes entreprises se bousculent à Bercy pour participer à l’événement. Pas question de crier victoire trop vite pour autant, Saïd Hammouche est conscient que malgré le chemin parcouru, le combat pour l’inclusion économique n’est pas terminé : “On arrive à un point où la question de l’inclusion devient une évidence pour une partie des entreprises. C’est très fort. À partir du moment où les CEO viennent consacrer une partie de leur journée à un sujet comme celui-ci, c’est qu’ils veulent que les choses bougent. On se dit qu’on est peut-être devenu un point de rendez-vous intéressant pour eux et cette réussite est un bel indicateur, mais pas un aboutissement. C’est une victoire de pouvoir s’appuyer sur des entreprises pionnières qui ont envie d’agir, mais on reste des marginaux par rapport au marché global et aux 2 millions d’entreprises en France.

Si la prise de conscience est bien réelle, il reste à définir un plan d’actions concrètes en se donnant un cap :

  • Se fixer des objectifs de recrutement d’au moins 10% de profils issus des quartiers.
  • Atteindre 100 000 recrutements inclusifs réussis d’ici à fin 2023.
  • Se doter d’outils de mesure, faire des diagnostics en interne, sur l’ensemble des strates de l’entreprise, y compris dans les Comex.

Le Sommet de l’inclusion économique est un mouvement d’acteurs”, conclut Saïd Hammouche. “Il faut entraîner l’ensemble des parties prenantes, entreprises, associations, institutions dans un élan collectif pour transformer les pratiques et les politiques publiques en profondeur. Aujourd’hui, l’ensemble des entreprises partenaires de Mozaïk, couvrent environ 7,5% du nombre total de salariés en France. Le point de bascule se situe à 10%. C’est à ce niveau que le changement à grande échelle en faveur de la diversité est possible ! ”

« Il faut entraîner l’ensemble des parties prenantes, entreprises, associations, institutions dans un élan collectif pour transformer les pratiques et les politiques publiques en profondeur. »  

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