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22.06.23

Marie Fournier : en route pour un tourisme plus inclusif

       Combiner passion pour le voyage et valeurs d’inclusion : c’est le pari que s’est lancé Marie Fournier en 2016 avec la création d’Handi’TourGuide, une structure d’accompagnement touristique pour personnes en situation de handicap. Pionnière du handi-tourisme, la jeune femme a lancé il y a peu son propre organisme de formation, afin d’enseigner aux entreprises comment accueillir et optimiser les activités qu’elles proposent pour un public en situation de handicap. Rencontre.

Férue de voyages et de culture, Marie Fournier décide très tôt de travailler dans le domaine du tourisme. Après plusieurs années à vivre de sa passion, elle s’oriente vers le métier d’éducatrice et auxiliaire de vie sociale en institution et à domicile. Car celle qui a grandi aux côtés d’un oncle en situation de handicap a été sensibilisée dès son plus jeune âge aux valeurs d’inclusion et d’accessibilité : “j’ai eu cette chance”, affirme Marie. “Et je dis “cette chance”, car c’en est réellement une”.

Avoir l’opportunité de voyager… comme tout le monde

Aujourd’hui, 12 millions de personnes sont en situation de handicap, soit 20% de la population française. « Énormément de personnes sont touchées par le handicap, qu’il soit permanent ou temporaire, constate la jeune entrepreneure. “Comme tout le monde, elles ont besoin et envie de s’évader. Malheureusement, l’offre touristique disponible n’est pas adaptée à ce public, qui souhaite voyager à titre individuel et pas uniquement en groupe.” Marie l’a compris très vite : la problématique de l’accessibilité touche – aussi – le secteur touristique. “Lorsque l’on parle des personnes en situation de handicap, on évoque beaucoup l’emploi, le médical, etc. C’est important, mais les loisirs et le voyage aussi… Or, c’est un sujet souvent passé sous silence.”

Face à ce constat, l’occitane refuse l’inaction : forte de son expérience dans le monde du tourisme et dans celui du médico-social, elle lance Handi’TourGuide en 2016 et invente le métier d’accompagnateur de voyages pour des touristes en situation de handicap. “Le premier objectif, c’était vraiment de créer des séjours personnalisés qui correspondent le mieux aux besoins et attentes de ce public”, explique la jeune femme. Avec Handi’TourGuide, lors de séjours d’une journée ou de plusieurs jours, Marie personnalise l’offre touristique ou culturelle en fonction de la demande et avec un accompagnement sur place.

« J'ai eu la chance d'être sensibilisée au handicap dès mon plus jeune âge. Et je dis "chance", car c'en est réellement une. »

La jeune femme travaille régulièrement avec de nombreux partenaires spécialisés dans le tourisme, ainsi qu’avec des agences de voyage qui gèrent les réservations. Aujourd’hui encore, Marie fait figure d’exception dans le paysage du handi-tourisme français – et même mondial, puisqu’elle n’a à sa connaissance qu’une homologue au Canada et une autre en Espagne. Marie ne s’attendait d’ailleurs pas à un tel engouement : “mon activité a pris beaucoup d’ampleur, et même trop ! Aujourd’hui, je dois refuser plus d’une dizaine de personnes par jour pour des accompagnements”.

Changer le regard sur le handicap

Quand on l’interroge sur les destinations les plus accessibles pour les personnes en situation de handicap, Marie nous surprend : “Ce que ce public souhaite avant tout, c’est se rendre là où on les reçoit le mieux”, explique l’entrepreneure. “Pour vous donner un exemple, Rome est une ville où de nombreuses personnes en fauteuil roulant aiment aller. Pourtant, elle n’est pas optimale en termes d’accessibilité… Mais l’accueil est là, l’être humain est là. Et ça change tout. C’est ce qui crée la magie du voyage.”

La jeune femme reste malgré tout réaliste. Ainsi, elle a rayé Paris de la liste des destinations accessibles pour les personnes en situation de handicap. “C’est la ville inaccessible par excellence. Les personnes à mobilité réduite s’y déplacent avec beaucoup de difficulté. Elles doivent souvent prendre des taxis, qui sont eux-mêmes souvent effrayés par le fait de transporter des fauteuils… Il y a toute une sensibilisation à mener !”, assure Marie.

Transmettre pour faire évoluer les mentalités

Pour l’entrepreneure, la période de crise sanitaire a été l’occasion de réfléchir à de nouvelles ambitions et perspectives pour Handi’TourGuide. Ainsi, depuis 2022, la jeune femme s’est également tournée vers la formation, afin “d’aider les professionnels du tourisme et de la culture à dédramatiser le handicap et à développer une offre adaptée pour ce public spécifique”, mais aussi d’accompagner “les professionnels du médico-social pour qu’ils puissent par la suite devenir accompagnateur de voyages pour les personnes en situation de handicap”. Grâce à son organisme de formation, elle espère changer le regard de la société sur la différence que constitue le handicap et sensibiliser un maximum de personnes : “parce qu’au final, nous sommes tous différents et chaque touriste a des besoins et attentes spécifiques”, affirme-t-elle.

La toute première formation Handi’TourGuide a été dispensée à Toulouse et a réuni plusieurs personnes venues des 4 coins de la France, mais aussi de Suisse et de Belgique. “Je suis heureuse de voir que l’activité se développe aussi ailleurs, en Europe, et qu’il y a une demande de plus en plus forte”, se réjouit Marie.

L’entrepreneuriat comme moteur

Pour se lancer dans l’aventure de l’entrepreneuriat, Marie a pu bénéficier du soutien de ses clients, de ses proches, maïs également du réseau de partenaires qu’elle a su se créer au fil du temps : “dans cette expérience, c’est vraiment important de ne pas rester seul”, confie-t-elle. “Mon objectif aujourd’hui est de faire grandir ma structure et de ne plus être entrepreneure “solo”. Parce que seul(e), on ne grandit pas autant que quand on est ensemble. Je veux construire plus, plus rapidement.”

Au quotidien, la jeune femme affronte les défis d’entrepreneure avec optimisme : “je suis toujours persévérante et j’ai cette envie de continuer, car nous sommes sur la bonne voie. Beaucoup de structures me contactent, dans le patrimoine, la culture, le tourisme, etc. et ont envie d’apprendre de mon expertise de terrain. C’est pour cela que j’ai à cœur de transmettre mon savoir, pour créer un tourisme plus accessible et inclusif”. Ainsi, selon ses dires, Marie Fournier ne regrette pas d’avoir osé créer sa propre entreprise il y a maintenant plus de 7 ans, d’avoir osé se lancer, “mais toujours avec intelligence et prudence”, précise-t-elle. Car même si l’aventure de l’entrepreneuriat n’est pas un long fleuve tranquille, Marie garde le cap : démocratiser largement le droit aux voyages et à l’évasion, elle y parviendra.

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