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17.08.22

Invivox, le compagnonnage médical 2.0

       Diplômé de l’ESSEC, Julien Delpech commence sa carrière en tant que journaliste sur les terrains de guerre de l'ancienne URSS. Entré par hasard dans le monde de la santé, il exerce finalement plus de 20 ans pour l’industrie pharmaceutique et médicale, dans différents pays. Doué d’une fine connaissance du secteur et animé par le goût de la prise de risque, il co-fonde en 2015 Invivox, une start-up dédiée au partage de connaissances et d’expériences médicales entre professionnels de la santé.

Répondre à un besoin croissant de connaissances médicales

En 2015, année du lancement d’Invivox, c’est un chiffre qui interpelle Julien Delpech : le volume de connaissances médicales double tous les 72 jours. Outils, pratiques, découvertes, derniers traitements sur le marché…l’étendue et la rapidité d’évolution de l’actualité scientifique poussent Julien Delpech et son associé à imaginer un dispositif permettant aux médecins d’en faciliter l’assimilation, afin de proposer les soins les plus adaptés à leurs patients et de faire face aux mutations du secteur.

Fort de son expérience aux côtés de médecins, Julien Delpech identifie également un fort besoin de compagnonnage, pilier historique de la médecine, permettant de se former entre pairs, de s’inspirer des expériences de chacun, de découvrir de nouveaux gestes, de nouvelles pratiques de soin. « Le compagnonnage est la base absolue de la médecine, mais paradoxalement, les médecins pointent une complexité croissante à passer trois jours d’observation dans le bloc opératoire d’un confrère », précise-t-il. Difficultés pour contacter les praticiens, pour libérer un créneau ou encore pour s’organiser au plan logistique, les cofondateurs d’Invivox tiennent leur projet : créer une plateforme pour faciliter la transmission d’expertises entre professionnels de la santé.

Simplifier le quotidien des acteurs de la santé

Ce « Booking.com de la formation médicale » rencontre rapidement son public. En demande d’échanges et de partage, les médecins réservent facilement des créneaux disponibles de formation auprès de leurs confrères, et ce directement depuis la plateforme en ligne.

Grâce à une première levée de fonds, Invivox déploie rapidement de nouvelles ambitions. Au-delà du compagnonnage, surtout plébiscité par le corps chirurgical et infirmier, la start-up imagine de nouveaux dispositifs, adaptés aux besoins des différents praticiens : modules de micro-learning, « snacking », la plateforme diversifie son offre de contenus en proposant des formats courts et des questionnaires pour tester ses connaissances. Récemment lancé, un quizz en 10 questions sur la variole du singe permet par exemple aux médecins généralistes de répondre plus facilement aux interrogations de leur patientèle.

Formations en présentiel, modules en ligne, webinaires, les contenus d’Invivox sont conçus et mis à disposition par les professionnels de santé eux-mêmes, ainsi que par des organismes de formation, des hôpitaux, des laboratoires ou encore des fabricants de dispositifs médicaux. Les équipes d’Invivox travaillent également avec des ingénieurs pédagogiques, des journalistes santé, des professeurs, pour proposer des formations digestes. « Notre objectif est d’agréger un maximum de contenus et de connaissances pour devenir la plateforme de référence de la formation médicale permanente », ajoute l’entrepreneur.

« Notre objectif est d’agréger un maximum de contenus et de connaissances pour devenir la plateforme de référence de la formation médicale permanente. » 

La crise sanitaire comme accélérateur de développement

Référencée par le Ministère de la Santé et de la Prévention, Invivox compte aujourd’hui une communauté de 300 000 professionnels de santé inscrits sur la plateforme, et 120 000 bénéficiaires formés en 2021. Si la demande est croissante – Invivox vise 1,2 millions d’inscrits d’ici à fin 2023 – la crise sanitaire a été un véritable catalyseur : « Ce que nous pensions développer en deux ans, nous l’avons mis en place en deux semaines », confie Julien Delpech. Les formations et contenus d’Invivox migrent alors entièrement en ligne, pour connecter l’ensemble des professionnels de santé dès l’émergence du Covid-19 en Europe.

Grâce à une deuxième levée de fonds de 7 millions d’euros en avril dernier, Invivox se tourne sereinement vers l’avenir. « Nous allons muscler nos équipes pour proposer de nouvelles fonctionnalités, diversifier encore notre offre en développant de nouvelles verticales pour les vétérinaires, les kinésithérapeutes, et enfin, nous déployer à l’échelle européenne », ajoute-t-il.

L'innovation comme levier d'anticipation des crises

Le caractère stratégique de l’information médicale face aux enjeux de crise sanitaire intéresse également la sphère politique. Julien Delpech a été missionné par Olivier Véran, alors ministre des Solidarités et de la Santé, pour élaborer conjointement avec le Professeur Éric Vibert un rapport d’anticipation sur la création et la diffusion de contenus destinés aux professionnels de la santé en cas de nouvelle urgence sanitaire. Une mission pro bono, destinée à tirer des leçons de la crise et à moderniser la santé publique en France.

Pour ce spécialiste du secteur, également membre du conseil d’administration de la French Healthcare Association, un réseau de 350 acteurs de la santé dédié à la promotion des différentes branches de l’excellence française en matière de santé à travers le monde, la France a la chance de pouvoir compter sur une très bonne formation médicale et sur une forte culture du serment d’Hippocrate, qui prône la gratuité des savoirs. Invivox s’inscrit d’ailleurs dans cette même logique en assurant le libre accès de ses contenus à tous les professionnels de santé.

Si les institutions de santé peuvent déjà s’appuyer sur le savoir-faire et l’innovation d’entrepreneurs pour accompagner les changements d’usages, Julien Delpech plaide pour davantage de passerelles entre le public et le privé, afin de mutualiser les expertises et les connaissances. « Notre rôle à nous, entrepreneurs, est d’innover et de croître dans la sobriété. Nous ne pouvons plus penser en termes de croissance et de développement sans être raisonné et responsable », conclut-il.

« Notre rôle à nous, entrepreneurs, est d’innover et de croître dans la sobriété. Nous ne pouvons plus penser en termes de croissance et de développement sans être raisonné et responsable. » 

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