Le média des décideurs

Newsletter

Rechercher
Fermer ce champ de recherche.
Rechercher
Fermer ce champ de recherche.
11.07.22

Arnaud Pourredon, sans contrefaçon

       Arnaud Pourredon est le co-fondateur de Meditect, une start-up créée en 2018 afin de répondre à un enjeu de santé publique majeur en Afrique subsaharienne francophone : les médicaments falsifiés. Portrait d’un jeune entrepreneur, symbole d’une jeunesse connectée mais surtout engagée, bien résolue à faire bouger les lignes pour une société plus équitable et plus durable.

Des centaines de plaquettes de médicaments s’empilent sur les étals du marché Roxy à Adjamé, quartier populaire d’Abidjan, l’un des plus grands marchés de faux médicaments d’Afrique de l’Ouest. Analgésiques, antibiotiques, antipaludiques et antirétroviraux y sont vendus librement. Malgré les fermetures successives par les autorités ivoiriennes de ce gigantesque marché de rue à ciel ouvert, les vendeurs reviennent inéluctablement. Et les clients aussi. Près de 40% de la population ivoirienne, attirée par la vente à l’unité de ces produits, s’y fournit en médicaments, provoquant de très graves conséquences sanitaires. Chaque année, selon l’OMS, ces médicaments falsifiés causent la mort d’environ 100 000 enfants en Afrique de l’Ouest. Ils tuent deux fois plus que le paludisme, et près d’un tiers des décès liés à cette maladie serait dû à la consommation de faux médicaments. Une réalité qui a fait basculer le destin d’Arnaud Pourredon.

De la rue à la pharmacie

C’est en 2015, alors qu’il officie en tant qu’assistant médical au Népal pour la Croix Rouge, qu’Arnaud Pourredon identifie les difficultés d’accès des populations aux médicaments. Au sein du dispensaire, il s’occupe de la gestion des stocks, c’est-à-dire des entrées et des sorties des médicaments. Très rapidement, il est confronté à de la contrefaçon. Si les boîtes sont identiques et les noms des produits similaires aux originaux, des fautes d’orthographe lui sautent aux yeux. Or, un médicament falsifié, c’est un médicament de mauvaise qualité, surdosé ou sous-dosé, aux conséquences sanitaires graves : insuffisance rénale, hépatique, résistance bactérienne… 

Démarrent alors pour cet étudiant en médecine et en santé publique trois ans de lectures, d’apprentissages, de rencontres. Avec un objectif clair : répondre concrètement et durablement à ce fléau en faisant revenir la population dans les pharmacies.  

Le sentiment d’urgence est si prégnant qu’Arnaud Pourredon interrompt ses études de médecine et se lance à 100% dans ce qu’il nomme aujourd’hui le combat de sa vie. Il s’associe à Romain Renard, étudiant en finance et stratégie à Science Po, et ensemble, ils créent Meditect.  

Digitaliser la relation au médicament

L’idée est efficace : permettre de vérifier avec un smartphone l’authenticité d’un produit en le photographiant. Pharmacies et patients, en scannant chaque produit, pourront s’assurer de l’authenticité́ des médicaments et vérifier leur bonne traçabilité.  Le premier défi de Meditect n’est pas des moindres : réussir à susciter l’intérêt des laboratoires, en les contraignant à apposer un numéro de série sur leurs produits destinés au marché africain. Deuxième défi, les convaincre de financer en partie le projet puisque l’application Meditect est gratuite pour les patients et les pharmaciens.  

Jeune, pas encore médecin, Arnaud Pourredon ne manque pourtant pas d’arguments, convaincu du potentiel et de l’impact du numérique sur les pays en voie de développement. Le laboratoire UPSA les suit ; ils signent un premier contrat pour un projet pilote en République de Côte d’Ivoire. Un succès. Après le soutien de business angels, c’est au tour du fonds LBO d’entrer au capital pour soutenir la croissance et le développement de la start-up dans la région d’Afrique subsaharienne. 

L’aventure se poursuit, et Meditect se diversifie. Parce que les pharmaciens ont un rôle central dans la chaîne logistique, Arnaud Pourredon numérise désormais les officines. La jeune start-up a développé un logiciel de gestion conçu spécialement pour ces professionnels. Tableau de bord numérisé, disponible sur le Cloud, il permet aux pharmaciens de vendre plus efficacement leurs médicaments tout en vérifiant à l’aide d’une douchette leur authenticité. Le logiciel utilise également des algorithmes d’intelligence artificielle pour reconnaître les cycles de vente, anticiper les commandes. Une réponse à une problématique capitale, celle de la disponibilité des médicaments. En effet, près de 50% de la population d’Afrique subsaharienne francophone, ne trouvant pas le médicament souhaité dans les pharmacies, se rend dans un marché de rue et achète un produit contrefait.  

La solution se développe rapidement. Elle est désormais disponible en République de Côte d’Ivoire, au Cameroun, au Sénégal, ou encore au Congo. Meditect compte aujourd’hui 25 collaborateurs répartis entre la France et la Côte d’Ivoire et participe au développement économique des pays où elle est implantée. Avec un impact positif.  Ainsi, s’il a été contacté par des marques de l’industrie du tabac et de l’alcool pour disposer de sa technologie, Arnaud Pourredon a décliné. Ce n’est pas son combat. 

Autres articles

Cosima : réinventer l’accompagnement des seniors

À travers une approche centrée sur le bien-être et la préservation de l’identité de ses résidents, Cosima réinvente les habitats partagés pour les seniors en perte d’autonomie. Rencontre avec Maxence Petit, son fondateur, qui explore les valeurs et les ambitions qui guident cette entreprise à mission.

Lire l'article