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26.09.22

Manifestation

De l’Iran à la Russie les manifestations ne faiblissent pas. Après l’annonce de Vladimir Poutine de mobiliser partiellement 300 000 personnes pour aller combattre en Ukraine, de nombreuses manifestations ont été organisées à Moscou ou Saint-Pétersbourg ces derniers jours, donnant lieu à plus de 2 000 arrestations. L’Iran connaît depuis la mort de Mahsa Amini arrêtée par la police des mœurs pour « port inapproprié de vêtements » des manifestations pour la liberté et contre les interdits imposés aux femmes. Des milliers de femmes mais aussi d’hommes s’opposent au pouvoir, « mort au dictateur ! », « femme, vie, liberté », #HadisNajafi (des prénom et nom de la jeune femme tuée de plusieurs balles le 22 septembre) sont autant de slogans qui se diffusent dans les rues et sur les réseaux sociaux. Ce lundi 26 septembre, on dénombrait près de 57 manifestants tués.

Manifestation vient du latin chrétien manifestatio qui signifie révélation, apparition du Christ. On retrouve dans cette étymologie le terme manus, traduction de main et fest représente le radical fen, qui veut dire frapper, toucher. Ainsi, manifestus signifiait, frappé, surpris avec la main, pris sur le fait, puis fut employé au XIXème siècle pour décrire un rassemblement, une foule au service d’une opinion.

On retrouve donc dans le terme même de manifestation, celui de main. Celle des ouvriers d’abord, dont la main travaille, mais aussi, dans son verbe manus dare : confier à quelqu’un la tâche de, donner un mandat de, celle du manager ensuite, dont la main fait travailler… Cette place centrale, donnée à la main dans l’organisation du travail, se retrouve dans les livres d’Hannah Arendt et notamment dans Condition de l’homme moderne (1958). On y retrouve ce paradoxe ainsi résumé par ces mots : « L’outil le plus raffiné reste au service de la main qu’il ne peut ni guider ni remplacer. La machine la plus primitive guide le travail corporel et éventuellement le remplace tout à fait. » 

Que l’on soit ouvrier ou manager, les mains travaillent ainsi à l’unisson, tandis que les pieds des marcheurs en colère servent à l’inverse la désunion… ou un vaste élan en avant, pour espérer une marche arrière des régimes autoritaires.

 Delphine Jouenne