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Paysan, un terme qui, s’il avait pris pendant un temps une connotation péjorative, est revenu sur le devant de la scène et est désormais revendiqué avec fierté. Bien qu’il soit souvent employé comme synonyme d’agriculteur, son utilisation par les syndicats agricoles lui confère désormais un sens plus engagé.

Le terme paysan porte en lui les échos d’une histoire profondément enracinée dans la terre. Il trouve ses origines du latin pagus, qui faisait référence à une borne enfonçée dans le sol pour délimiter les champs. Par métonymie, pagus en est venu à désigner les villages puis les cantons, jusqu’à devenir le pays au sens d’État tel qu’on l’utilise aujourd’hui. Son adjectif, pagensis, qui a donné le nom paysan, désigne ainsi à l’origine « celui qui vient du village, du canton », avant d’évoluer pour désigner celui qui vit à la campagne et travaille la terre. Ainsi le paysan incarne bien plus qu’un agriculteur, il est le gardien des terres qu’il laboure, un protecteur du territoire qu’il nourrit.

À travers les siècles, il a su maintenir une connexion intime entre la nature et son environnement. Car le paysan est par nature sédentaire, enraciné dans un terroir que personne ne lit mieux que lui. Il anticipe les changements météorologiques en rentrant les foins avant l’arrivée de la pluie annoncée par les nuages au loin. Il pense à pailler l’étable en prévision de l’hiver, prévenu de sa rudeur par les ronces qui débordent sur le chemin. Il prévoit de passer la nuit à moissonner en réaction aux piqûres de mouches signe annonciateur d’un orage. « Nous sommes des paysans pauvres. Nous n’avons pas des champs immenses, nous ne sommes pas venus à cette conception moderne de la spécialisation. {…} Non, nous cultivons un peu de tout. Nous n’avons jamais dit : « notre exploitation agricole. » Nous disons : « notre ferme ». C’est une maison des champs qui tire toute sa vie de la terre. » écrivait Giono dans Les Vraies Richesses. Il opposait ainsi deux visions du monde agricole, éclairant un questionnement encore actuel : quelle direction prendre entre l’agriculture de spécialisation, incarnée en partie aujourd’hui par les grands céréaliers qui délocalisent la majeure partie de leur activité en dehors de la France, et l’agriculture extensive, ancrée dans nos paysages et plus respectueuse de l’environnement, souvent représentée par le paysan traditionnel à la tête de son exploitation familiale ?

Entre l’agriculteur et le paysan, une différence donc dans le sentiment d’appartenance, dans la qualité de l’attachement à la terre que l’on cultive et au pays que l’on nourrit. Une différence que l’on pourrait résumer ainsi : si tous les paysans sont agriculteurs, tous les agriculteurs ne sont pas paysans.

La rédaction d’À priori(s)