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À l’approche des fêtes de fin d’année, la frénésie s’empare des centres villes, avec la course aux cadeaux à déposer aux pieds du sapin. Un rituel qui revient chaque année… et qui n’est pas hérité des rois mages, mais de l’antiquité. 

Dans la Rome antique, des étrennes sont échangées au moment des calendes de janvier, qui sont l’occasion d’honorer Strena, la déesse de la santé. Une tradition qui a perduré et qui s’est peu à peu fondue dans les mœurs chrétiennes au fil du temps. À cet égard, on observe une accentuation de cette pratique au milieu du XIXème siècle au moment où, dans les grandes dynasties aristocratiques et bourgeoises, l’enfant-héritier gagne en importance et mérite donc d’être choyé. Une tendance qui s’accélère et se démocratise au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, avec la mécanisation de l’industrie du jouet qui permet à Noël de devenir une fête familiale et populaire, où il est à la portée de tous d’offrir des cadeaux à ses enfants et à ses proches.

Le mot « cadeau », quant à lui, fait son apparition au XVème siècle. Il est dérivé de l’ancien provençal « capdel » qui désigne « personnage placé en tête, capitaine », et sans doute aussi « lettre capitale », du latin capitellus, « petite tête ». Il désigne initialement objet que l’on donne à quelqu’un dans l’intention de lui être agréable, avant d’être élargi à tous les dons – quelle qu’en soit la forme – destinés à faire plaisir ou à signifier son affection.

Pour Sénèque, on offre des cadeaux par générosité, encore faut-il être certain qu’on le fait de façon totalement désintéressée. Certains cyniques laissent à penser que le don est finalement proche de l’échange. L’anthropologue Marcel Mauss estime que c’est par obligation sociale : en s’obligeant tacitement, on fait société. Un don, indirectement, attend généralement un retour, créant une dette vis-à-vis du donner même si c’est inconscient. On s’achète une place au paradis, on se donne bonne conscience. Le don permet de cultiver une image généreuse. Si, de plus, en échange d’un don, on bénéficie d’une exonération d’impôts, il n’y a qu’un pas pour douter de la sincérité des donateurs.

Si pour certains, cette tradition peut sembler anachronique à l’heure où la surconsommation menace l’équilibre de nos sociétés et de nos écosystèmes, reste que l’échange de dons est une marque de réciprocité et de reconnaissance mutuelle. Et ce, tout particulièrement au terme d’une année éprouvante qui doit nous inciter à resserrer autant que possible les liens qui nous unissent.

La rédaction d’À priori(s)